FabLab Toulouse
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 25 juillet 2014 Source : www.3dnatives.com

En plus de leur utilisation en prototypage rapide dans le domaine de l’ingénierie, les imprimantes 3D sont devenues des outils essentiels des Makers, ce qui entraîne également l’ouverture des nouveaux lieux de création et collaboration et des nouveaux métiers. Il y a deux ans on commençait à peine à entendre parler des FabLab en France, aujourd’hui, il existe une quantité importante de ces laboratoires dédies à la fabrication numérique, à l’innovation et au partage des savoir-faire. 3Dnatives est allé à la rencontre du manager du FabLab Digiscope,  Romain Di Vozzo, nous découvrons avec lui la philosophie et les projets de ce lieu pensé pour les chercheurs !

3DN : Bonjour Romain, peux-tu te présenter et présenter le FabLab Digiscope ?

Romain Di Vozzo, Fablab manager du Digiscope.

Je suis Romain Di Vozzo, Artiste visuel, Ingénieur R&D (AVIZ/INRIA et associé LRI/Paris-Sud) et Fablab Manager du Fablab Digiscope. J’ai un Fab Diploma de la Fab Academy du CBA/MIT et un Master en Art et Politique de Sciences-Po Paris. Depuis bientôt 1 an, je fais partie du QG du 116 (Centre d’Art Contemporain). Je suis aussi un Local community Support pour Ultimaker de temps à autres.

En premier lieu, Fablab Digiscope est un laboratoire de fabrication numérique implanté à Gif-sur-Yvette, au coeur du Campus Paris-Saclay. C’est aussi un Equipement d’Excellence (Equipex Digiscope) financé par le Grand Emprunt.

3DN : Comment le projet est-­il né ?

Les premières machines ont été achetées pour réaliser des visualisations physiques tridimensionnelles de données et des dispositifs d’interaction pour murs d’image. Plusieurs doctorants utilisaient ces ressources pour leurs thèses: Mathieu Nancel, Julie Wagner, Yvonne Jansen. Y. Jansen ont notamment développé ici un logiciel appelé MakerVis qui permet de transformer des sets de données CSV en G-Code afin d’obtenir des plans pdf découpables au laser-cutter qu’on peut assembler ensuite pour obtenir une visualisation 3D physique.

Les primo-utilisateurs de ces machines étaient donc des chercheurs et des doctorants en visualisation de données ou en interactions hommes-machines. A cette époque, le FabLab n’existait pas. En 2013, l’équipes AVIZ et le LRI ont emménagé dans les nouveaux bâtiment Digiteo, obtenant par la même occasion une salle dédiée à la fabrication numérique. J’ai été recruté en décembre 2013 pour activer le fablab, que nous avons officiellement inauguré en avril 2014.

3DN : Qui peut venir au FabLab ? 

Projet réalisé dans la découpeuse laser du FabLab

Toute personne qui a un projet à réaliser – professionnel ou personnel – peut venir au Fablab Digiscope. En préambule, j’invite chacune des personnes qui souhaiteraient utiliser nos équipements à lire la charte des FabLabs du MIT sur notre site internet afin de comprendre le cadre éthique et les enjeux sociétaux qui sous-tendent notre approche. La seconde démarche pour chaque futur utilisateur du Fablab Digiscope consiste à réserver un créneau horaire sur le site internet du fablab pour rencontrer le FabLab manager, venir voir les machines, et prendre aussi connaissance des bonnes pratiques et des conditions d’accès à nos équipements. Le FabLab est ouvert de 10h00 à 17h30 (sauf exceptions). Après cette première prise de contact « les yeux dans les yeux », les personnes réservent à nouveau un créneau et reviennent pour se former à l’utilisation des machines et démarrer leurs projets.

Il est à noter que, selon les publics, les conditions d’accès sont légèrement différentes. Les chercheurs, ingénieurs, et étudiants dont les établissements sont bénéficiaires de l’Equipex Digiscope ont accès aux machines et aux matériaux disponibles sur place à titre gratuit, tandis que les utilisateurs externes – qui sont également les bienvenus – doivent pour leur part acheter leurs propres matériaux pour réaliser leurs projets. L’accès aux machines reste donc gratuit pour tous les utilisateurs. La plupart des matériaux de prototypage sont assez bon marché, cependant, nous ne vendons aucun matériaux, ni sur place, ni par un autre biais. En revanche, nous orientons volontiers nos utilisateurs vers des fournisseurs de confiance.

Je précise que le Fablab Digiscope est un lieu où on vient pour prototyper soit-même ses projets. On vient aussi ici pour se former, échanger sur ses projets et ouvrir son imaginaire à la fabrication numérique personnelle. En revanche, dans un FabLab, produire des objets en grandes quantités est impossible car il s’agit d’un lieu dimensionné pour le prototypage et les petites séries d’objets. Une mobilisation trop importante des machines du fablab par un utilisateur « trop gourmand » en ressources empêcherait de facto à d’autres utilisateurs d’accéder à ces dernières, ce qui serait contraire aux bonnes pratiques et aux principes de la charte du MIT, charte à laquelle nous avons choisi d’adhérer.

Un autre aspect de la charte, très important à mes yeux, est la documentation des projets. En contrepartie d’un usage gratuit des machines du fablab et d’un accompagnement à la prise en main de celles-ci, tous les utilisateurs ont le devoir de documenter leurs projets (sets d’instructions, photos, vidéos, code, etc.) pour assurer la passation des savoir-faire et savoir-concevoir vers d’autres utilisateurs. Cettedocumentation est progressivement mise à disposition sur le site internet du Fablab Digiscope et parallèlement sur des sites tiers dédiés comme Wiki-How, Youmagine, thingiverse, Instructables, etc. L’objectif est d’obtenir rapidement une archive active de projets open-source/open-hardware déjà réalisés et fonctionnels qui pourront ensuite être reproduits et améliorés  par d’autres utilisateurs dans d’autres FabLab plus ou moins équipés des mêmes machines. Ici on agit localement et on pense globalement.

3DN : Quels équipements et quels matériels sont disponibles ?

Nous avons une imprimante 3D Makerbot Replicator 2, une découpeuse Laser Epilog Mini Legend 24″, un plotter de découpe vinyle KNK MAXX AIR et une fraiseuse numérique MODELA MDX40A, un oscilloscope AGILENT DSO-X 2014A, un microscope numérique DI-LI, des platines arduino et mbed, et des outils plus communs (perceuse, clef à choc, scie-sauteuse, etc).Nous aurons bientôt une machine à coudre et à broder. Sur ce matériel, une règle incompressible prévaut sur toutes les autres : aucun des outils du FabLab ne sort du FabLab !

3DN : Peux-tu nous parler des projets réalisés et des projets en cours ?

DIY jobo spire for 16 mm films fait avec la découpeuse laser

Depuis la création du Fablab Digiscope, nous avons accueilli un projet de détection de pression par retour haptique (3D printing), une expérience d’analyse des procédés de partage d’information dans les processus de design d’objets, un design de meuble (laser-cutter), le détournement d’un capteur de wii, le design 3D d’un système modulaire de rouleau à bobine de fil pour l’électronique (3D printing), la gravure des plaques d’immatriculation de 2 bateaux (laser-cutter), des stencils pour les circuits électroniques (laser-cutter), la production d’un rack d’accrochage de câbles (3D printing), production des pièces d’un stylet électronique (3d printing), création de bracelets en cuir (laser-cutter), découpe de rouleaux pour films 16mm (laser-cutter), un objet tangible actif pour la visualisation de données (électronique, 3d printing), design et production de stickers (vinyle-cutter), les goodies d’un start-up (laser-cutter), cartographie physique tridimensionnelle (3D printing + Milling-machine), la reproduction d’un Froebel-Gift (Laser-cutter + 3D printing) et d’un dispositif d’interaction pour Wilder (grand écran touch de 5m de long), entre autres projets.  En cours, nous avons un projet d’avion télécommandé, un rouet motorisé, un dispositif de LED, and more.

3DN : Que penses-­tu de l’influence des nouvelles technologies dans la société de demain ? Sommes-­nous face à une révolution ?

Je ne suis pas un techno-évangéliste et, dans une approche épistémologique, je suis volontiers critique envers les techno-sciences, particulièrement lorsqu’elles sont investies de « croyances révolutionnaires ». En 2006, N.Gershenfeld (Directeur du CBA/MIT) nous invitait déjà à relativiser tout enthousiasme révolutionnaire sur la fabrication numérique personnelle en expliquant qu’une révolution numérique avait bien eu lieu mais que nous n’avions pas besoin de continuer à prétendre qu’elle est toujours en marche. C’est fait. Et c’est à ce moment précis que se re-pose la question jonassienne du lègue que nous sommes en train de construire. Je pose donc ces quatre questions: Où sont produites les conditions matérielles de l’existence humaine ? Qui les produit ? Ces conditions de production sont-elles démocratiques ? Qu’allons-nous léguer aux générations futures ?

3DN : Un mot pour nos lecteurs ?

Chers lecteurs de 3Dnatives, si vous avez un projet à réaliser qui requiert une des machines citées plus haut, je vous invite à réserver votre première entrevue avec moi au Fablab Digiscope.

Un grand merci Romain pour cette interview !

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